Interview réalisée par Luc Dehon pour Musisphere :

Liz Cherhal publie le 2 février prochain son deuxième album solo, « Les Survivantes ». Nous avons été à la rencontre de l'artiste afin d'en savoir plus sur la genèse et la création de cet opus hautement biographique. Au cours de cet entretien, Liz nous expliquera notamment pourquoi elle a souhaité cette fois-ci collaborer avec d'autres intervenants et pourquoi elle a voulu évoquer sa vie sans détour. Rencontre avec une artiste qui ne triche pas.


Vous aviez écrit, composé et réalisé entièrement votre premier album. Vous avez souhaité cette fois-ci faire intervenir d'autres personnes. Pourquoi ce choix ?

Pour mon premier disque, j'avais besoin de me prouver, à moi et peut-être aussi aux gens de mon entourage (sourire), que j'étais capable de faire un disque toute seule de bout en bout, de l'écrire, de le composer, de le réaliser et d'en écrire les arrangements. De tout faire, en somme. Et voilà, une fois que ça a été fait, pour le deuxième album, j'ai eu envie de m'entourer, pour m'enrichir, pour partager. Et tout simplement pour profiter des talents qui sont autour de moi. Et puis, finalement, c'était un lourd poids sur mes petites épaules d'avoir porté ce premier disque toute seule de bout en bout. Ça a été un très très gros travail. Je suis très contente de l'avoir fait, mais ça a été une telle pression et un tel engagement, qu'une fois qu'il a été fait, je ne me sentais plus capable d'assumer un tel boulot seule. Donc, je me suis entourée, et notamment de la personne qui a réalisé l'album, Morvan Prat.

Justement, dites-moi un petit mot sur Morvan Prat.

Il est mon musicien de tournée. Je l'ai choisi lui parce que je le connais très bien. Il me connait très bien aussi et il est hyper respectueux de mon travail. Donc, il  l'a réalisé, mais j'ai envie de dire qu'on a vraiment fait les choses conjointement. C'était super de pouvoir me décharger d'un poids et en même temps de faire pleinement ce dont j'avais envie. Il a pris beaucoup de choses sur ses épaules, et en même temps, il a fait un travail tel que je le souhaitais. Je voulais que cet album soit ce qu'il est, finalement.

Comment avez-vous abordé la coécriture sur ce projet personnel ? Vous aviez déjà coécrit pas mal de titres, mais sur des projets collectifs, des projets qui ne portaient en tout cas pas uniquement votre nom.

Ça n'a été que du ping-pong à distance. J'ai beaucoup de mal à écrire autour d'une table… ou alors il faut que ce soit avec des personnes que je connais très très bien, comme Nicolas Berton qui a écrit avec moi. Sinon, avec les autres, comme  Damien Dutrait ou Jérémie Boucris, c'était vraiment un échange de papier… Enfin, des papiers… c'est une façon poétique de dire qu'on s'envoyait des mails ! (rires) J'ai une grande retenue quand j'écris. Et j'ai aussi toujours l'impression que c'est nul, que mes rimes sont nulles, que mes mots ne sont pas bien choisis. Donc, j'ai une grande pudeur à cet égard. Je préfère écrire, envoyer et attendre un retour que de me mettre autour d'une table. Ce serait trop difficile pour moi. Je serais complétement bloquée, de peur de ne pas bien faire. Avec Nicolas Berton, j'ai envie de dire que ça a été un peu différent. Il est un peu mon frère de toujours. Avec  lui, je sais qu'il n'y aura jamais aucun jugement de sa part, je peux laisser libre cours à toutes mes idées. Avec lui, il n'y a aucun problème, on peut se mettre côte à côte et travailler ensemble.
Vous me dites que vous avez une grande retenue quand vous écrivez, depuis quand écrivez-vous, justement ? Adolescente ou un peu plus tard ?

C'est une question très intéressante qu'on ne m'a jamais posée… (sourire) [Liz réfléchit] Si je réfléchis bien, j'ai commencé à écrire quand j'étais à la Fac, donc, j'avais dix-huit/dix-neuf ans.

Quelles étaient vos motivations à l'époque ? L'envie de vous évader ? De vous créer une petite bulle ? Était-ce tout simplement un jeu ?

C'était un jeu… Ah la la, c'est marrant que vous me posiez cette question ! Je crois que c'était un jeu et également une manière de m'exprimer dans mon cahier. Au départ, ce n'était vraiment pas pour en faire des disques ni monter sur scène, je le faisais vraiment pour moi pour me créer un petit univers qui n'était qu'à moi et que j'étais la seule à regarder et à comprendre… (sourire)

Est-ce que ça a changé avec le temps ?

Non, c'est resté. C'est complètement resté. Sauf que maintenant, dans mes chansons, je fais de moins en moins de fiction. Dans ce disque, il y a peut-être une chanson qui est de la fiction, tout le reste est du vécu. Ce sont des choses vraies. Donc, je ne crée pas un univers, je raconte celui dans lequel je vis en ce moment.

Quand vous avez commencé à travailler sur « Les Survivantes », quelles étaient vos envies ? Aviez-vous justement envie d'aller vers une certaine autobiographie ?

Ce que je voulais dans ce disque… l'idée principale est venue du titre. Je savais que ce titre allait s'appeler « Les Survivantes » avant d'en avoir écrit la première chanson. Je voulais que ça parle du fait d'avoir vécu des drames, mais aussi et surtout, du fait d'y avoir survécu. Je voulais qu'il en ressorte quelque chose de positif, même si j'évoquais des choses dures. Je parle de la disparation de mon père, je parle de choses comme ça, mais je voulais que ce soit aussi positif. Et dans le son, je voulais que ce soit un album là­ aussi positif. Je voulais quelque chose de dansant. Je ne voulais pas que ça ait l'air d'être quelque chose de vieux ou de triste. J'avais besoin de faire un disque qui soit pêchu. Et c'est pour cette raison aussi que j'ai demandé à Morvan Prat de faire les arrangements parce que je n'ai pas une vraie culture musicale pop. Je ne savais pas trop comment m'y prendre. J'ai, par exemple, beaucoup de mal à faire des programmations de batterie quand j'enregistre des maquettes. C'est pour ça que j'ai fait appel à lui. Je voulais un album qui bouge, qui fout la pêche et qui soit assez énergique.

On ne va pas pouvoir évoquer toutes les chansons qui composent cet album. Alors, j'en ai choisies quelques-unes d'entre elles très arbitrairement. La première dont j'aimerais parler, c'est « Les Heures en Or », et notamment son clip, où on vous voit exécuter une chorégraphie. Là aussi, j'imagine que la chorégraphie a accompagné cette envie d'énergie et de donner la pêche. Ce clip, entre nous, est d'une poésie rare…

Ah merci, ça me touche ce que vous me dites. Parce que ça a été un tel travail ce clip !… (sourire) Ça fait plus d'un an et demi que j'ai eu l'idée de le faire. Et là, je suis hyper contente de le montrer parce que j'ai eu plein de beaux retours. L'idée de la chanson, c'est un couple illégitime qui vit un amour très très très fort et qui est contraint de se séparer le jour où leur secret est dévoilé. On ne sait pas trop si c'est parce que le secret a été dévoilé justement que la relation devient moins excitante ou s'il est devenu tout simplement impossible de rester ensemble… et pour mettre en image cette chanson, j'ai choisi de faire danser un couple en plein milieu d'une place nantaise, près d'où je vis. J'ai choisi une place très passante. J'ai souhaité travaillé avec un chorégraphe nantais qui s'appelle Hervé Maigret. Et donc, on y voit un couple qui danse au milieu des gens qui passent et qui fait fi de tout ce qui peut se passer autour. Quand j'ai pensé à ce clip, j'ai tout de suite pensé à la danse et aux corps qui bougent. C'est aussi ça l'idée de la chanson, c'était de parler des corps. Et puis, je voulais absolument être dedans parce que je ne voulais pas quelque chose d'irréel. Je ne voulais pas non plus que ce soit quelque chose d'absolument parfait exécuté par deux excellents danseurs, je voulais qu'il y ait de la réalité dans ce clip. Et pour obtenir cette réalité, je me suis mise en tant que danseuse, puisque je ne suis pas danseuse. Donc, Hervé Maigret a créé une chorégraphie adaptée à mon niveau… pour que je puisse danser et que j'ai l'air de danser correctement ! (rires)

Avez-vous pris du plaisir à danser ?

Complètement. Le tournage a duré toute une après-midi. Pendant quelques heures, nous nous sommes retrouvés au milieu des Nantais en train de danser. C'était super. C'était l'aboutissement d'un long travail. On a tout de même bossé pendant six mois ensemble… six mois à réfléchir aux mouvements et puis tout simplement, Hervé a dû me faire travailler. Il m'a fait faire des exercices de danseuse. Ce sont des exercices qu'on n'a d'ailleurs pas forcément gardés pour le clip. Il m'a notamment appris à faire gaffe à mon maintien, à tenir mon ventre, à maîtriser mon corps pour mieux faire passer les émotions.

Vous avez tourné un autre clip sur la Plage des Dames à Noirmoutier.

C'est un clip en support de la chanson « M'entends-tu ? » Là, je suis toute seule. C'est plutôt un clip poétique. Il y a tout un cheminement dans ce clip. Je prends des éléments naturels pour construire quelque chose.

Toute l'imagerie et le visuel qui entourent la musique, est-ce un travail que vous aimez ou que vous préférez déléguer ?

C'est quelque chose que je travaille beaucoup. C'est très important. Ce sont finalement les premières choses qu'on reçoit de moi. Quand on fait une recherche, on tombe plus vite sur des photos ou une vidéo. Donc, ce sont des choses auxquelles il faut faire attention. Il ne faut pas mettre n'importe quoi. Le visuel de l'album, par exemple, j'y ai apporté beaucoup d'attention parce que c'est un résumé visuel de la musique qu'il contient. Il faut qu'il soit en cohérence avec la musique et avec moi. Les clips, c'est la même chose. C'est très important et ça va l'être de plus en plus. Aujourd'hui, la musique sur internet pour qu'elle soit plus visible, c'est devenu essentiel de la clipper. Et donc, tant qu'à faire… autant faire de beaux clips.

Quel regard jetez-vous en tant que musicienne sur ce phénomène des gens qui, pour découvrir un artiste, vont voir sa chanson plutôt que l'écouter ? Et on le sait… les sites comme Youtube ont un son plus que médiocre.

(rires) J'ai un regard complice parce que c'est exactement ce que je fais. Et c'est pour cette raison que je vous disais que la vidéo était devenue capitale. Moi, quand on me parle d'un chanteur, je ne file pas tout de suite sur YouTube… mais si on me propose de l'écouter sur Deezer ou de regarder un de ses clips sur YouTube, la balance va automatiquement pencher en faveur du clip. Comme ça, je peux voir sa tête, comment il est, etc… Vous savez, je pars du principe que tant qu'on s'intéresse à la musique, c'est bien. Même si le son est médiocre et hyper compressé, c'est toujours ça de pris. C'est en tout cas mon point de vue ! (rires)

Un petit mot sur « Moi, ma liberté » qui ouvre l'album, une chanson qui parle des jeunes mères de familles et des familles monoparentales. Encore une chanson très autobiographique…

C'est mon quotidien. Je ne peux pas faire autrement que de l'évoquer. C'est d'ailleurs assez curieux pour moi en ce moment parce qu'autant dans mon premier disque je parlais très peu de moi personnellement, je parlais plutôt de mon entourage, autant dans ce disque-ci, je parle de ma vie personnelle de femme. Du coup, je me retrouve en interview à dire des trucs hyper perso. Et ça me fait un peu bizarre… En même temps, vous allez me dire que j'ai écrit une chanson là-dessus et qu'il faut que j'assume, et vous aurez entièrement raison ! (éclats de rire) Donc, il faut que j'assume… à travers cette chanson, ce que je voulais dire, c'est que les familles monoparentales, ça existe. Et ça existe de plus en plus. On est en train en ce moment, dans notre société, de nous éloigner de plus en plus du modèle de la famille telle qu'on la connaissait dans les années 70, avec le papa, la maman et les deux enfants… si possible une fille et un garçon. On s'en éloigne vachement aujourd'hui. Dans les écoles, il y a énormément d'enfants dont les parents sont séparés. Il y a des familles qui se recomposent aussi. C'est une nouvelle donne dans la société. Donc, forcément, ça se traduit dans les chansons, ça se traduit au cinéma. Les chansons et toutes les formes d'art au sens large ne sont que des reflets de la société actuelle, donc, c'est normal qu'on évoque la monoparentalité comme l'infidélité dans les chansons.

Dans une chanson comme « M'entends-tu ? », vous évoquez l'hôpital et la maladie, mais également l'absence et la disparition de votre père. Est-ce que c'est difficile d'aborder de tels sujets ? Aller dévoiler cette partie de votre vie au grand public, ça a quelque chose d'un peu analytique quelque part…

(sourire) Je ne sais pas… Vous savez, ça ne me dérange pas de parler de choses personnelles tant qu'elles me concernent et me touchent moi. Après, ce serait super si l'écriture avait un côté analytique et thérapeutique, mais ce n'est vraiment pas le cas… (rires) J'aimerais beaucoup que mes chansons m'aident à vivre mieux, mais ce n'est pas le cas. Il faut faire autre chose pour soigner ses blessures. Peut-être que les chansons aident un peu, mais ce n'est absolument pas suffisant quand on vit plusieurs années avec une figure paternelle défaillante. Une chanson ne règle rien. Elle permet peut-être de mettre des mots sur des émotions à un moment donné, mais ce n'est pas suffisant.

Pour soigner ses blessures, on peut prendre des médicaments aussi. Vous en parlez dans « Je prends des médicaments », un sujet là aussi assez rarement traité dans la chanson. Un peu comme dans « La Caboche » sur votre premier album. Ce sont des sujets tabous finalement. Est-ce important pour vous, en tant qu'artiste de sortir des sentiers battus et de parler de ces choses-là ?

Oui. Peut-être qu'il faudrait arrêter de stigmatiser les gens qui ont besoin d'aide médicamenteuse pour se soulager pendant une période. Ce n'est pas une honte. Ce sont des médicaments qui existent. Pourquoi souffrir alors qu'on peut avoir une aide pendant un certain temps ? Après, ça reste une chanson hyper légère. Mais malgré tout, elle dit « ben oui, je prends des médicaments, et alors ? » Quand on a mal à la tête, on prend une aspirine, quand on a du diabète, on prend de l'insuline… et on n'en fait pas tout un plat. On en revient à ce dont nous parlions au tout début de l'interview : Profitons de ce que le monde moderne nous offre pour aller mieux ! lOn peut prendre des médicaments, et ce n'est PAS GRA-VE !

En parlant de monde moderne, dans « Tu m'épates », vous dite à ce mec que son chien est son seul follower. Quel regard jetez-vous sur les réseaux sociaux, mis à part le fait que c'est un super outil de comm' ?

J'utilise Facebook… beaucoup… pour ma comm' de concert. Tous les jours ou presque, je vais alimenter mon Facebook pour communiquer avec les gens qui me suivent. Je trouve que c'est un super outil. Après, je ne l'utilise pas dans ma vie personnelle parce que… Pourquoi je ne l'utilise pas dans ma vie personnelle, finalement ?... Eh bien, je ne sais pas ! (éclats de rire) Déjà, ça prend du temps… Mais je ne sais pas… C'est une bonne question que vous me posez, là.

Il y peut-être une certaine pudeur qui rentre en ligne de compte. Parler de sa vie en chansons, c'est une façon de la poétiser. En parler sur les réseaux sociaux, c'est tout sauf poétique. C'est plus brut.

Oui… Vous savez, j'ai un compte personnel, mais dont je ne me sers pas. Et du coup, je vois des choses émanant de certaines de mes connaissances. Et c'est parfois tellement inintéressant ou personnel… On voit des photos d'enfants, on relate des propos qui devraient rester dans l'intimité. On dévoile sur les réseaux sociaux beaucoup de choses qui ne nous regardent pas. Des choses dont je me fous complètement d'ailleurs, des choses que je n'ai pas à savoir. Moi, je ne mets sur mon Facebook que des choses professionnelles. Tout ce qui touche au spectacle, j'en parle beaucoup. Je poste beaucoup de photos de concert, des photos de tournées, des liens vers des interviews… Tout ce qui concerne Liz Cherhal, la chanteuse, je n'ai aucun problème là-dessus, pour le reste et ma vie perso, c'est mon truc, pas celui des autres. Finalement, ce n'est pas intéressant. Ça m'intéresse moi, peut-être ma mère, mais au-delà, je ne vois pas qui ça pourrait intéresser… Je le garde pour moi.

Vous reprenez une fabulette d'Anne Sylvestre, « Pour jouer avec Maman ». Expliquez-moi un peu ce choix.

Déjà, je l'ai écoutée énormément quand j'étais petite… Et puis, cette fabulette, quand on l'écoute étant enfant ou quand c'est un enfant qui la chante, elle est toute mignonne, mais quand on la chante en étant adulte, je trouve qu'elle prend une dimension un peu dure. C'est un texte assez dur par rapport à la maternité et par rapport au fait d'avoir un enfant. Il y a une sollicitation permanente des enfants pour jouer et ce genre de choses… Cette chanson m'a touchée. Et elle m'a peut-être aussi ramenée à une période où j'avais besoin qu'on joue avec moi. C'est pour ça que j'avais envie de chanter cette chanson.

Vous l'avez, je pense, chantée un soir devant Anne Sylvestre…

Effectivement. Je ne vous dis pas l'état de stress dans lequel j'étais. Mais c'était super. Elle a, m'a-t-elle dit, beaucoup aimé mon interprétation !...

Un petit mot sur la scène… Vous avez déjà joué ces nouvelles chansons à plusieurs reprises sur scène, et vous repartez sur les routes très prochainement. Quelle formation avez-vous actuellement ?

J'ai trois musiciens avec moi, qui jouent principalement guitare, basse et batterie. Mais chaque musicien joue d'un autre instrument, et moi également. Du coup, ça nous permet d'avoir des ambiances assez variées. Donc, il y a le combo un peu rock guitare/basse/batterie et moi devant qui chante en dansant. Et puis, on a aussi du clavier et du violoncelle, ce qui apporte une petite touche poétique aux chansons. Il y a donc quelques morceaux qui sont vraiment acoustiques, sans batterie, et d'autres qui sont hyper pop et hyper pêchus. Et ça me fait du bien d'avoir une espèce de gros son derrière moi. Ça me porte beaucoup, cette nouvelle formule…

Vous avez laissé de côté votre accordéon…

Oui… Pour plein de raisons. La première, et peut-être la plus essentielle, parce qu'il me faisait mal au dos ! À chaque retour de tournée, je devais faire pas mal de séances de kiné pour me remettre le dos en place. J'en ai eu marre. Et deuxièmement, j'en avais marre du son de l'accordéon. J'avais envie d'autre chose. J'en avais marre d'être cataloguée comme une chanteuse accordéoniste. Ça me saoulait, tout bêtement. Je n'avais plus envie de ça. Et surtout, je voulais apporter de la nouveauté sur scène, et ça passe en jouant autre chose. Là, je me suis mise à la guitare folk et au clavier. Et pour le coup, le nouveau concert est très différent de ce que je faisais avant. Je suis aujourd'hui hyper contente de dire que c'est mon nouveau concert, et qu'il n'a rien à voir avec ce que je faisais avant.

Que représente-t-elle pour vous la scène ? La finalité de votre projet artistique ou une étape parmi les autres ?

La scène, c'est avant tout mon quotidien. Un album, c'est du boulot, c'est sûr, mais l'enregistrement, ça dure à tout casser quinze jours ou trois semaines. Après, on part dix jours en mixage et c'est fini. Alors que les concerts, c'est tout le temps. C'est vraiment mon travail au quotidien. Toutes les semaines, je m'en vais faire des concerts, et ça tombe bien, parce que je m'y amuse vraiment beaucoup beaucoup !

Je ne peux pas vous quitter sans vous demander un petit mot sur Ronchonchon. Que retenez-vous de cette expérience pour les enfants ? Une suite est-elle envisagée ?

A priori, il n'y aura pas de suite, mais il ne faut jamais dire jamais. Ce que je retiens de cette expérience ? C'était super d'écrire avec Alexis. On avait la même sensibilité et on l'a toujours d'ailleurs. On a pris beaucoup de plaisir à mener à bien ce projet ensemble. Ça a été une belle réussite parce qu'il y a énormément d'enfants qui connaissent ce livre-disque et qui l'aiment. Pour moi, c'est une énorme fierté. C'était un gros boulot, mais au final, c'était une très belle expérience.

Avez-vous abordé la création différemment en sachant que vous vous adressiez à un public d'enfants, ou finalement, est-ce que ça ne change pas grand-chose ?

J'ai écrit pareil, j'ai juste fait gaffe au vocabulaire. Mais ce sont des détails. Je pars du principe que les enfants comprennent ce qu'on leur dit. Ils n'ont pas besoin d'avoir des arrangements minimalistes. Ils aiment beaucoup les arrangements guitare/basse/batterie/trombone/trompette. Il n'y a pas besoin de faire des choses bêtes quand on s'adresse aux enfants. Ils comprennent tout parfaitement. Plus on leur fait écouter des chansons avec un texte écrit, plus ils vont enrichir leur vocabulaire. Et s'ils ne comprennent pas une phrase maintenant, ils la comprendront l'année prochaine quand un adulte leur expliquera. Donc, je n'ai pas écrit différemment. Mais j'ai fait super gaffe à ce que je faisais, comme je le fais toujours. Il y a juste sur une chanson où l'éditeur m'a demandé de changer un mot. Quand les deux familles se rencontrent, le père de famille dit à l'autre « Si vous avez d'la glace, moi j'ai un bon whisky ». L'éditeur m'a dit que c'était mieux de ne pas mettre Whisky, mais jus de fruits… c'est le seul mot que j'ai changé parce que c'était pour des enfants.

L'album sort dans quelques semaines maintenant [notre interview a été réalisée fin novembre dernier], vous êtes en pleine tournée, dans quel état d'esprit êtes-vous ?

Je suis dans l'attente. Parce que pour l'instant, très peu de gens ont écouté ce disque. Donc, je ne sais pas ce qui va se passer. Mais avec mon équipe, on rigole beaucoup avec ça et à la fin de chaque réunion, on se dit…« On n'est pas à l'abri d'un succès ! » (éclats de rire) Et ça nous met le cœur en joie. On n'est pas à l'abri mais on ne tire pas des plans sur la comète. Le disque est bien. Je suis heureuse de l'avoir fait tel qu'il est. S'il a une bonne réception, ce sera super, si il a une réception moindre, ce n'est pas grave, ça ne m'empêchera pas d'en  faire un autre dans quelques temps… (sourire)

Propos recueillis par Luc Dehon le 25 novembre 2014.